Usted esta aquí Noir Canada - L'impérialisme minier canadien est toujours présent

Noir Canada - L'impérialisme minier canadien est toujours présent


By Anne-Marie - Posted on 04 Enero 2010

SPECA Hebdo Vol.29 No10 - Pierre Bibeau
03/12/2008

Publication quasi hebdomadaire du Syndicat du Personnel Enseignant du Collège Ahuntsic (SPECA)

Des salaires de moins de 3 $ l’heure, pas de syndicat, ni d’assurance-maladie, aucune sécurité d’emploi avec en prime des conditions de travail dangereuses : respiration permanente de poussières, machineries dangereuses, pauses rares et aléatoires. La population locale qui réside à moins d’un kilomètre de la mine, quant à elle, se retrouve aux prises avec diverses maladies graves dont plusieurs sont d’ordre pulmonaire. Selon un villageois interrogé : « en fin d’après-midi, on déverse les résidus de minerais. Cela crée une grande poussière poussée vers nous ». Cette poussière envahissante empêche de respirer, donc de dormir, ou seulement de regarder, quand elle ne se pose pas sur la nourriture. Non, ce n’est pas la Chine, ni même l’Inde, mais l’Afrique. Ce qui surprend quelque peu c’est l’origine de l’employeur : IamGOLD Mali SARL, une compagnie malienne contrôlée par la IamGOLD, une entité canadienne ayant son siège social sis à Toronto et cotée en bourse à New York.

Ces informations sont tirées du livre d’Alain Deneault, William Sacher et Delphine Abadie intitulé : « Noir Canada », publié, aux éditions Écosociété. Aujourd’hui, les sociétés minières canadiennes sont un peu plus sensibles au côté environnemental et au respect des droits des travailleuses et des travailleurs au pays; elles ont une côte abrupte à remonter de ce côté et une image corporative à polir. Mais ces mêmes compagnies ont une toute autre attitude à l’étranger.

Même ici, l’impérialisme minier canadien change de visage et de manières, les compagnies se concentrent plus sur l’aspect financier et elles tirent les ficelles de l’autre bout du monde. On ne voit plus tellement de sociétés minières s’impliquer directement dans toutes les sphères du domaine minier : de l’exploration au traitement du minerai. Aujourd’hui, nos compagnies vont former des conglomérats avec des compagnies locales et y inclure la participation financière de l’État au processus. Les résultats restent cependant toujours aussi dévastateurs : profits mirobolants pour la société mère et conditions de vie abjectes pour les résidents vivant à proximité, sans oublier une exploitation éhontée des travailleuses et des travailleurs. Les compagnies minières canadiennes, sont présentes partout sur la planète et sur tous les continents (Chili, Pérou, Indonésie, Ghana, République Démocratique du Congo (RDC), Guyane, etc). Elles constituent le fer de lance de l’impérialisme canadien, bien qu’elles ne soient plus présentes dans toutes les étapes de l’extraction du minerai et que le logo de la compagnie ne trône pas sur le mur extérieur du « shaft » (puits de mine).

Toutes les ramifications, les problèmes, « les accointances » des uns avec les autres nous sont contés dans le livre Noir Canada avec moult détails. Le travail des auteurs aura été de colliger ces informations et d’en faire un livre dévastateur pour l’image de l’industrie minière canadienne. Au point où, avant même sa sortie officielle, la compagnie Barrick Gold décidait d’entamer des poursuites contre les auteurs et la maison d’édition pour avoir publié des « allégations fausses et diffamatoires ». Une injonction demandant que le livre ne sorte pas avait même été déposée. Le bouquin fut quand même mis sur les tablettes des librairies en mai et les poursuites de la Barrick Gold furent grandement médiatisées. Le 19 septembre dernier, les Éditions Écosociété et les trois auteurs du livre ont reçu une nouvelle mise en demeure leur demandant de cesser de qualifier de « poursuite-bâillon », les mesures intentées par la compagnie.

Il y a quelques semaines, des articles parus dans divers médias (www.cyberpresse.ca/internatiorial/afrique) venaient corroborer la version de « Noir Canada ». Le travail d’information doit être fait et ces compagnies dénoncées publiquement. En achetant le livre, on contribue à ce dont les citoyens canadiens prennent conscience et encourage les auteurs et la maison d’édition à poursuivre ce travail de recherche souvent militant et pécuniairement non rentable. En vente dans toutes les librairies syndiquées.

Pierre Bibeau
Responsable du comité solidarité internationale