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La conscience de nos sociétés minières
"En octobre 2004, les forces rebelles prennent d'assaut la communauté de Kilwa, située à près de 50 kilomètres du site minier de Dikulushi. L'armée congolaise riposte en réquisitionnant des véhicules et d'autres moyens logistiques de la société Anvil Mining pour attaquer les rebelles. Un peu plus tard, on apprendra que les droits humains ont été violés à de nombreuses reprises lors de cette opération." Voilà comment, sur son site Web, une minière canadienne se dégage de toute responsabilité face à des meurtres et à des viols commis par l'armée congolaise. Je ne comprends pas que cette entreprise puisse poursuivre ses activités là-bas. En tout cas, moi, je ne ferais certainement plus affaire avec le type qui volerait ma voiture pour écraser des enfants.
La complicité d'Anvil Mining est difficile à prouver, j'en conviens. Mais une chose est sûre : cette entreprise canadienne profite de la répression qui vise à éliminer les rebelles qui attaquent les installations de la mine. Sa conscience devrait lui dicter de remettre en question ses activités au Congo.
Nos sociétés minières canadiennes sont présentes un peu partout en Afrique. Souvent, elles doivent traiter avec des gouvernements qui ont les mains tachées de sang. Le livre Canada noir d'Alain Denault en donne quelques exemples. La plus grande minière canadienne, Barrick Gold, s'est sentie particulièrement visée et a envoyé - sans succès - une mise en demeure à la maison d'édition Écosociété juste avant qu'elle ne publie ce livre.
Quelles sont les accusations ? Une entreprise acquise par Barrick Gold aurait fermé les yeux sur une opération de remblaiement de trous de mines au cours de laquelle 52 mineurs auraient été enterrés vivants. Sans avoir dirigé elle-même l'opération meurtrière, la minière, éventuellement achetée par Barrick, aurait ainsi bénéficié de cette opération de nettoyage réalisée par des mineurs artisanaux. Pour appuyer sa mise en demeure, Barrick affirme que ces allégations ont fait l'objet d'enquêtes, notamment de la part de la Banque mondiale, qui ont démontré sans l'ombre d'un doute qu'elles n'avaient aucun fondement. L'ombudsman de la Banque mondiale souligne en effet que rien ne prouve que cet enterrement ait bien eu lieu, mais il reconnaît que l'organisme n'a pas fait les vérifications nécessaires pour s'assurer que le projet répondait aux normes ni sur le plan des compensations offertes aux familles des mineurs ni sur celui du déblaiement.
Si, comme dans le cas d'Anvil Mining, la présence de Barrick Gold en Afrique devrait être remise en question, son cas est différent à mon avis. Barrick devrait plutôt imposer des conditions pour la poursuite du projet, dont celle de faire toute la lumière sur l'enterrement des mineurs, mais surtout, de demander que les mineurs artisanaux qui ont perdu leur emploi reçoivent une juste compensation.
Est-il réaliste d'imposer des exigences aux gouvernements du Sud ? Oui, il y a des précédents. Dans le cas de la construction du pipeline Tchad-Cameroun menée par Exxon Mobil, toutes les redevances versées au Tchad vont dans un fonds dont 70 % doivent nécessairement être remis à des services sociaux destinés à la population. Le gouvernement crie à l'ingérence, mais il y a un peu moins d'argent pour financer la guerre et un peu plus pour les écoles et les hôpitaux.
Ici comme ailleurs, quand une société accepte d'entreprendre un projet minier, le moins qu'elle puisse faire, c'est de démontrer que les terres sont acquises légalement, que la situation des gens touchés par le projet sera meilleure par la suite, et que l'argent versé aux autorités locales ne sert pas à la répression. Et si les ressources de l'entreprise sont utilisées pour faire la guerre, comme dans le cas d'Anvil Mining, notre conscience devrait nous dicter de remballer nos affaires.
François Rebello s'intéresse aux questions d'investissement responsable et a été PDG du Groupe investissement responsable jusqu'en mars 2007. En 2005, il a voté dans plus de 500 assemblées d'actionnaires.