Vous êtes ici >>Le SLAPP au carré
Le SLAPP au carré
La formule provient d'un communiqué pour décrire la situation dans laquelle se retrouve actuellement la petite maison d'édition québécoise Écosociété. Être victime d'un SLAPP (poursuite-bâillon) est une chose, ne même plus pouvoir le dire en est une autre.
Récapitulation: Éco-Société publie un livre d' Alain Deneault , William Sacher et Delphine Abadie intitulé : « Noir Canada: Pillage, corruption et criminalité en Afrique » qui rapporte des écarts de conduite, des abus, voire des crimes de la part de compagnies canadiennes, citant des sources suffisamment nombreuses et crédibles pour justifier la tenue d'un débat public sur la question, et l'introduction d'une commission indépendante d'enquête, chargée de faire la lumière sur toutes ces allégations.
Libelle diffamatoire, proteste Barrick Gold, qui intente une poursuite de 6 millions$ contre les Éditions Écosociété et les auteurs du livre. La poursuite est qualifiée de SLAPP, ÉCosociété et les auteurs entreprennent de se défendre. Notons qu'ils ne sont pas intimés de prouver la véracité de leurs allégations, mais simplement de se taire à jamais.
Et puis, fin septembre, Barrick Gold met en demeure Écosociété et les auteurs de Noir Canada de cesser « dans le cadre de la campagne de financement ou de solidarité, de lobbying politique, d'événements promotionnels, d'entrevues médiatiques ou sur des sites Internet », de qualifier de « poursuite-bâillon » la poursuite qu'elle leur intente. La lettre avise les auteurs et l'éditeur de Noir Canada qu'ils s'exposent ce faisant à « davantage de dommages punitifs » et que leur « comportement rendra d'éventuelles rétractions, excuses publiques, ou actions réparatrices encore plus difficiles et embarrassantes ». Ouhhhh.
Et bing. Après le SLAPP, voici le double SLAPP, le SLAPP au carré.
Cocasse. La Commission parlementaire de l'Assemblée nationale du Québec, chargée de se pencher sur le projet de loi 99 visant à prévenir les poursuites-bâillons, a invité le coordonnateur d'Écosociété Guy Cheyney à venir témoigner le 7 octobre prochain. Bien curieux de savoir ce qu'il dira. Ou ce qu'il aura le droit de dire. Ou si les avocats de Barrick vont lui garrocher une poursuite derrière la tête chaque fois qu'il ouvrira la bouche.
On est là à se demander ce que l'élection des Conservateurs pourrait signifier pour la censure avec des projets de loi comme C-10, mais peuh, c'est de la petite bière. Ce ne sont encore que des projets, qui doivent être débattus et votés avant d'être effectifs. Dans la réalité, dans le day-to-day, maintenant, right here et right now, la censure est là, bien présente et étend ses tentacules.
Tiens, peut être que bientôt on ne pourra même plus utiliser les lettres B-A-R-R-I-C-K et G-O-L et D dans la même phrase, le même texte ou à moins de 5 mètres l'une de l'autre. On ne pourra même plus parler de compagnie minière... on dira simplement : Voldemort. C'est moins risqué.
Non, je déconne...
Enfin, j'espère.