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Une mine à ciel ouvert sur le mont Royal?
QUÉBEC – Un regroupement de groupes environnementaux, dont la Coalition pour que le Québec ait meilleure mine, posera un geste d’éclat lundi en enregistrant un titre d’exploration minier (claim) sur le mont Royal, en vue d’y exploiter une mine à ciel ouvert. Le geste vise à dénoncer le laxisme des autorités gouvernementales devant les visées des compagnies minières aux dépens des communautés.
Le geste sera posé par un véritable prospecteur, au cours d’une manifestation qui se tiendra au pied du mont Royal lundi, au début de l’après-midi, au coin de la rue Duluth et de l’avenue du Parc. Il s’agit d’une activité en marge du 5e Congrès mondial d’éducation relative à l’environnement, qui réunit actuellement au Palais des Congrès de Montréal plusieurs milliers de personnes de partout dans le monde.
Il y a des gens du Mexique, du Chili, du Honduras et de pays africains qui ont été confrontés à la mainmise de l’industrie minière et dont on a pu jauger le pouvoir dans le livre Noir Canada, de William Sacher, Alain Deneault et Delphine Abadie.
Ce claim en plein centre-ville de Montréal est fantaisiste et ne pourra déboucher ni sur de l’exploration minière ni évidemment sur une exploitation, dit Jolyanne Pronovost, attachée de presse du ministre délégué aux Ressources naturelles, Serge Simard. «Le mont Royal, tout comme le Vieux-Québec, est un arrondissements protégé. Le titre minier sera refusé de facto», dit-elle.
Il n’en demeure pas moins que les lois sur l’exploration et l’exploitation minière donnent des droits immenses à cette industrie, au Québec comme ailleurs dans le monde. Lazar Konforti, membre d’Équiterre et ex-étudiant en développement international à l’Université McGill, rappelle qu’au Mexique, la compagnie canadienne Metallica Resources Inc. a exploité une mine à ciel ouvert d’or et d’argent sur une colline au beau milieu du petit village de Cerro San Pedro, dans l’État de San Luis Potosí. «La montagne a complètement disparu, dit-il. Elle a fait place à un cratère de 300 mètres de profondeur sur un kilomètre de long.»
Malartic : indifférence à Québec
La manifestation de lundi accueillera plusieurs citoyens de Malartic, une petite localité près de Val-d’Or, en Abitibi, qui luttent actuellement contre les visées de la compagnie minière montréalaise Osisko. Celle-ci attend impatiemment son certificat d’autorisation du gouvernement du Québec pour commencer l’exploitation d’une mine aurifère qui pourrait lui rapporter quelque 6,6 milliards de dollars au prix actuel de l’or. Si Québec acquiesce à sa demande, Osisko compte creuser en bordure de la municipalité un trou gigantesque de deux kilomètres de long et de 384 mètres de profondeur, suffisamment creux pour y enterrer la tour Eiffel.
L’impatience de cette entreprise minière, propriété du Montréalais Sean Roosen, est si grande qu’on a entrepris, avant même d’avoir les autorisations du gouvernement, le déménagement de résidences du quartier sud de Malartic, qui devra faire place à la mine. Plus de 80 des 205 maisons visées ont déjà été délocalisées. Outre les habitations, deux écoles primaires, un centre d’accueil pour personnes âgées, une garderie conventionnée et un musée seront rasés et reconstruits ailleurs.
Cette opération précipitée se fait dans l’indifférence totale des autorités gouvernementales ici à Québec, qui se défendent par ailleurs de manquer à leurs devoirs et qui mettent de l’avant le même argument légaliste: Osisko a le droit de faire des ententes de gré à gré avec les propriétaires avec la bénédiction des autorités municipales.
«On n’a pas à s’immiscer, en tant que parlementaires, dans des ententes de gré à gré avec des individus. S’il y a des gens qui veulent faire déménager leur maison par des compagnies, on ne peut rien faire», tranche le ministre délégué aux Ressources naturelles, Serge Simard, qui agit comme porte-parole du gouvernement dans le dossier des mines. Pour lui, cette opération n’a rien à voir avec le certificat d’autorisation du gouvernement nécessaire à Osisko. «Ce sont deux dossiers complètement différents», soutient-il.
«Il n’y a pas de moyens légaux d’examiner cette question, ce sont des ententes de gré à gré, renchérit Line Beauchamp, ministre de l’Environnement. Le promoteur, même après avoir fait ces gestes et ces investissements, n’a aucune garantie que son projet ira de l’avant. C’est à ses risques et périls.» La ministre rappelle que c’est au BAPE, dont elle attend le rapport au début de juillet, «de s’assurer qu’on fait maintenant la bonne évaluation sur l’acceptabilité sociale du projet de Malartic».
Mais le député libéral de l’Abitibi, Daniel Bernard, ne s’en fait pas outre mesure. «Je suis convaincu que le projet va aller de l’avant de toute façon au départ», dit-il, prévoyant que le BAPE «va se positionner pour clarifier cette situation pour un prochain cas». Bernard se targue d’ailleurs de connaître «personnellement» les gens de la compagnie Osisko. «J’ai confiance en eux, ce sont des gens de très grande qualité. S’ils n’avaient pas eu l’appui de la population, ils n’auraient pas commencé à déménager un quartier.»
Les cas risquent de se multiplier
Mais pour Amir Khadir, dont le parti, Québec solidaire, a déposé un mémoire pour s’opposer au projet d’Osisko, ce qui s’est passé aux audiences du BAPE à Malartic «est de l’ordre de se foutre des gens» et de mépriser les consultations populaires. «Comment peut-on concevoir de commencer déjà à opérer s’il faut au préalable obtenir l’autorisation du gouvernement?» se demande-t-il. Selon lui, «il y a une tangente malheureuse qui fait que le BAPE est de plus en plus déconsidéré aux yeux d’une bonne partie de la population».
Le cas de Malartic est peut-être «exceptionnel», comme le prétend la ministre Line Beauchamp, mais il pourrait malheureusement devenir une habitude dans l'avenir. Avec plus de 255 000 titres miniers actifs sur son territoire, les cas risquent de se multiplier. Le gouvernement est décidé à faire de l’exploitation minière un fer de lance de l’économie du nord du Québec.
Pour y parvenir, il enfreint même ses lois pour attirer les entreprises minières. Il entretient également un flou artistique dangereux sur les conditions dans lesquelles cette exploitation doit se faire, préférant agir au cas par cas plutôt que d’émettre une politique générale.
En retardant sa Stratégie minière depuis près de deux ans, le gouvernement Charest évite un grand débat public qui pourrait le gêner dans ses ambitions, mais qui pourrait causer des torts socio-économiques un peu partout dans la province.