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Les auteurs s'expriment
La mécanique démocratique canadienne serait à ce point grippée qu'elle se montrerait incapable de garantir la tenue d'un débat équitable sur la place publique. Pire encore, elle favoriserait l'étouffement du débat, fut-il sain pour le fonctionnement de la société.
C'est, en substance, ce que les auteurs de Noir Canada: pillage, corruption et criminalité en Afrique dénoncent dans un article commun publié dans l'édition du 23 et 24 août du quotidien Le Devoir.
C'est la première fois que Delphine Abadie, Alain Deneault et William Sacher s'expriment depuis qu'eux-mêmes et leur éditeur Écosociété font l'objet de poursuites judiciaires de la part des minières québécoise Barrick Gold et torontoise Banro qui leur réclament respectivement 6 et 5 millions de dollars pour diffamation.
Dans cette tribune, le groupe revendique haut et fort la méthodologie utilisée pour rédiger Noir Canada. Cet ouvrage dénonce des méthodes employées par les entreprises minières canadiennes en Afrique, entreprises dans lesquelles les Canadiens sont susceptibles d'investir leurs économies à la Bourse de Toronto.
Liberté de penser
En l'occurrence, les auteurs, qui sont aussi des universitaires, revendiquent le droit d'utiliser des documents de notoriété et d'intérêt publics, par exemple issus de l'ONU ou du Congrès américain, pour provoquer le débat.
Or, écrivent-ils, « La possibilité de tenir un débat conséquent à ces documents est toutefois mise en péril aujourd'hui par deux poursuites-bâillons que nous intentent, au Québec, la Barrick Gold et, en Ontario, la Banro Corporation ».
Ils inscrivent par ailleurs leur travail dans une démarche qui relève de la philosophie politique. Or, en se montrant incapable de défendre cette démarche, poursuivent-ils, la démocratie canadienne se montre également incapable de défendre la liberté de penser.
Les auteurs de Noir Canada font référence à la disproportion des montants réclamés par les minières, 11 millions au total, par rapport aux ressources d'un organisme en général plus riche en informations qu'en dollars: une maison d'édition.
Il leur reste encore comme espoir que le projet de loi contre les poursuite-bâillons, déposé au printemps par le ministre de la Justice du Québec, Jacques Dupuis, porte ses fruits et débouche sur des mesures qui mettront fin à ce que les auteurs qualifient de « détournement » des institutions financières.