Vous êtes ici >>Le Canada dans la "Mafiafrique": ingérence, pillage et criminalité

Le Canada dans la "Mafiafrique": ingérence, pillage et criminalité


ParElodie - Posted on 03 septembre 2008

L'Humanité, Jean Chatain
31/08/2008

Noir Canada. Pillage, corruption et criminalité en Afrique, d’Alain Deneault (avec Delphine Abadie et William Sacher). Éditions Écosociété, 2008, 350 pages, 26 euros

Dans le pillage du Sud par le Nord, le Canada ne fait pas exception, même si son rôle est généralement passé sous silence. Ce volumineux dossier dressé par le collectif québécois Ressources d’Afrique en apporte des confirmations diverses (de la privatisation sauvage du transport ferroviaire en Afrique de l’Ouest à la chasse aux orpailleurs artisanaux du Mali pour faire place nette à la canadienne AGEM opérant en partenariat avec la sud-africaine AngloGold) et faisant souvent froid dans le dos (en Tanzanie, la société aurifère Barrick Gold fit combler au bulldozer les puits des mineurs artisanaux, enterrant vifs un nombre indéterminé de ces derniers, puis les villages présents sur les sites convoités furent rasés et les familles y résidant jetées sur les pistes). En République démocratique congolaise, des groupes tels que l’AMFI (American Mineral Fields International, consortium canado-américano-britannique) jouent alternativement, voire simultanément, la carte des forces gouvernementales ou rebelles opposées dans l’interminable guerre ouverte depuis 1996 ; véritable « carrefour financier, politique et militaire », il déclare très ouvertement avoir été créé « dans le but de permettre aux investisseurs nord-américains de profiter des opportunités que présentent les ressources minières africaines ».

Bref, le « poisson pilote » type chargé de renseigner les multinationales à base canadienne ou autre et déblayer le terrain avant leur intervention directe. De telles actions s’accomplissent certes dans l’opacité, mais non dans la clandestinité. Elles impliquent le soutien actif des institutions officielles, politiques et financières, relèvent les auteurs, soulignant le rôle central des places de Vancouver (qualifiée de « Bourse mafieuse comme rampe de lancement des entreprises canadiennes ») et de Toronto (« la pierre angulaire du Canada comme paradis judiciaire des sociétés minières »). Autre pièce essentielle du dispositif, l’Agence canadienne de développement international, ce « cache-sexe pour éléphants blancs ». Et, bien sûr, la bénédiction des autorités gouvernementales. S’exprimant en juillet 2004 (auprès d’un club de pays dits de centre gauche) sur le « droit d’ingérence » cher à Bernard Kouchner, l’ancien premier ministre canadien Jean Chrétien avait eu cette phrase redoutable : « Nous devons mettre en place un processus d’intervention qui nous permettra d’agir sans qu’on nous accuse de le faire pour notre intérêt personnel. »